|
Notre société technico
industrielle se trouve confrontée depuis quelques
années à un problème qu'elle avait
dès le départ éludé mais qui se
manifeste de nos jours avec une acuité croissante. En
effet, on ne sait plus que faire de nos déchets
(urbains, agricoles, industriels, chimiques,
nucléaires). Notre planète est devenue, au fil
des ans, un gigantesque dépotoir de produits
dangereux qui mettent en péril notre santé,
notre existence et le milieu naturel dans lequel nous
vivons.
Jadis, nos déchets étaient essentiellement
organiques. Mais notre civilisation industrielle a choisi la
voie de la superproduction, de la surconsommation et du
gaspillage. Les économistes et les financiers vous le
diront tous en choeur : pour assurer le bien-être de
l'humanité, un seul moyen, la croissance, le
maître mot de la recette du bonheur qui ne se
conçoit que par la production et la consommation. Le
résultat est là, sous nos yeux, le monde
croule sous ses propres déchets dont il ne sait plus
que faire. Et plus l'on produit et l'on consomme, plus les
poubelles et les décharges débordent. En
vingt-cinq ans, en France, la quantité d'ordures
ménagères a doublé, arrivant au chiffre
actuel de 20 millions de tonnes par an.
Il y a quelques années, l'industrie fabriquait encore
du solide et du durable que l'on réparait et
conservait le maximum de temps. Aujourd'hui dans la
frénésie du profit, de la superproduction et
de l'expansion infinie, le matériel est de plus en
plus sophistiqué, gadgétisé, mais de
moins en moins solide et difficilement réparable. Il
devient aussi très vite démodé... Alors
on jette et on renouvelle... On ne conserve plus, on ne
répare plus, on jette, on fabrique des objets
jetables : rasoir, briquets, stylos,...
On fait le marché sans cabas et l'on récolte
une multitude de sacs plastiques jetables, on opte pour les
bouteilles en P. V. C. plus légères que celles
en verre, etc... Nous pourrions citer des centaines
d'exemples.
Maintenant nos décharges ne suffisent plus à
absorber cette avalanche croissante de déchets,
même après avoir fait, tardivement, de la
récupération. Durant des années on a
mis le feu " à ciel ouvert " à nos
décharges qui ont recraché dans la nature les
pestilences malsaines de son contenu, y compris la dioxine.
Les incinérateurs sont ensuite arrivés et les
usines d'incinération se sont multipliées ; on
se disait que le feu purificateur allait tout
détruire. Or brûler les déchets, ce
n'est pas les détruire mais les transformer en autre
chose de pire. L'incinérateur ne fait que
réduire provisoirement la masse de déchets qui
sera réalimentée quotidiennement, mais par
contre elle émet en retour des émanations
toxiques nuisibles pour la santé des hommes, des
animaux, des plantes et de l'environnement
général (voir notre article sur
la dioxine).
Les cheminées des fours d'incinérateurs
rejettent à l'atmosphère de nombreuses
substances toxiques : dioxydes sulfureux, oxyde de carbone,
particules de métaux lourds, vapeurs de mercure,
chlorure d'hydrogène, etc. les cendres mêmes
sont imprégnées de dioxine. On trouve encore
dans ces substances toxiques rejetées à
l'atmosphère des furannes, du plomb, du cadmium, du
mercure,...
L'incinération c'est la production de dioxine et de
toutes ces substances mortifères. Parmi les
déchets subsistent des métaux lourds qui par
les eaux de pluie iront empoisonner les nappes
phréatiques. Le plomb donne le saturnisme avec
anémie, maux de tête, perte de poids,
irritabilité, paralysie du larynx, perte de sperme
chez l'homme. Le cadmium provoque hypertension,
lésions rénales et osseuses. La dioxine
détruit les systèmes hormonaux remettant en
cause la croissance et le développement des
êtres vivants. À cela ajoutons les
déchets de l'industrie agroalimentaire
composés de déchets organiques pernicieux pour
notre santé et qui ont en outre la
propriété de polluer l'eau et de favoriser le
phénomène bien connu d'eutrophisation qui
élimine toutes chances de survie pour le
poisson...
Et puis, bien sûr, les déchets industriels,
chimiques, abandonnés.
Rappelez-vous l'affaire Love Canal ; à la fin des
années 70 on découvrait 20 000 tonnes de
déchets chimiques abandonnés qui furent
à l'origine d'affections rénales,
hépatites, malformations d'enfants, cancers. On
évacua d'urgence de 1500 personnes. On fit un
inventaire complet de toutes les décharges
américaines dangereuses : on en décompta 21
512 parmi lesquelles 1750 nécessitaient des mesures
d'extrême urgence. L'Europe ne fut pas
épargnée par ce problème, et elle aussi
fit son inventaire : 5000 sites dangereux aux Pays-Bas,
Danemark 3000. Ensuite la peur s'est apaisée et on a
recommencé à mettre un peu partout et en
cachette, n'importe quoi...
Nous le savons notre civilisation est celle du risque ; par
ses paris et son amour du profit elle engage pourtant la vie
de notre planète. L'initiative de la collecte et du
recyclage est un pis aller certes, mais qui présente
des avantages intéressants, car les pollueurs ne sont
pas exclusivement des industriels. Nous aussi,
consommateurs, polluons puisque chaque citoyen
français produit en moyenne un kilo de déchets
par jour soit une tonne par an pour une famille de trois
personnes.
Tout n'est pas recyclable, mais une bonne partie oui : les
métaux sont refondus, les plastiques se transforment
en tuyaux, en tissus synthétiques, le verre redevient
bouteilles, les papiers redonnent du papier. Les usines de
recyclage créent des emplois et approvisionnent les
usines en matière première peu
chère.
[]
|