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Depuis plusieurs années, les grandes firmes
pharmaceutiques à la recherche de nouvelles
molécules pillent, sans aucune contrepartie la flore
des pays pauvres et dépose des brevet sur des plantes
qui ne leur appartiennent pas. On assiste au même
phénomène de la part des cosmétiques
siens.
Voici cinq exemples parmi d'autres...
La
Brazzeine ou
pentatiplandra
brazzenna est une
plante gabonaise que les habitants cultivent depuis des
temps immémoriaux. Pour les baies extraordinairement
sucrées qu'elle produit. Après avoir
fureté dans la forêt gabonaise et trouvé
cet arbre étonnant, les chercheurs ont réussi
à en tirer une protéine 1000 fois plus
sucrée que le sucre et bien moins riches en calories.
En 1995, l'université du Wisconsin déposait
quatre brevets sur la Brazzeine et accordait des licences 5
d'exploitation à plusieurs sociétés de
biotechnologie dont aucune bien sûre n'est
gabonaise.
Ce sucre extrait de la Brazzeine permettra en premier lieu
à ces sociétés de bien se sucrer
puisqu'on n'en attend 100 milliards de dollars par an. Non
seulement on exploite sans contrepartie le bien des autres,
mais pour ne plus dépendre du Gabon, les chercheurs
tentent maintenant d'introduire la protéine dans des
organismes producteurs {maïs etc.}
Le
Pozol mexicain :
dans le Yucatan mexicain {Chiapas} les survivants des Mayas
croient que l'homme a été créé
à partir de figurines de pâte de maïs
qu'aurait animé le souffle de Dieu. Cette pâte
de maïs, les indigènes en ont toujours sur eux,
dans un petit sac ; cela s'appelle le pozol, c'est une boule
de maïs mélangé à du calcaire qui
sert de nourriture pour une journée de labeur et
qu'ils consomment après l'avoir délayé
dans un peu d'eau ; la fermentation rapide la transformant
en une boisson énergétique très
nutritive. Une vraie nourriture magique pour les Indiens,
qui excite la convoitise des plus grands laboratoires
pharmaceutiques du monde.
On pensait avoir déjà tout pris à ces
pauvres indiens, mais pas tout à fait. Plusieurs
laboratoires, seront sur les rangs pour s'approprier le
Pozol, "un ensemble
microbien très complexe qui permet de se nourrir,
mais aussi de se soigner, grâce aux
propriétés extraordinaires des mesures,
moisissures et bactéries qui s'y entremêlent,
s'y reproduisent et augmentent alors population au cours de
la journée ». Selon des chercheurs de l'Unam
{université nationale autonome de Mexico} Quest s'est
mis sur le coup et dit avoir trouvé de nouveaux
champignons et moisissures permettant de conserver des
aliments et ils ont déposé un brevet aux USA,
qui devrait, espère la firme, leur rapporter des
millions de dollars, mais pas un sou aux Mayas
propriétaires depuis des millénaires du pozol.
Des pratiques scandaleuses que l'on devrait condamner, et
chercher à éviter le plus possible face
à la voracité des multinationales car
voilà des années déjà que l'on
assiste aux pillages éhontés des richesses
biologiques des pays pauvres.
Ayahuasca en juillet 99 les chamans d'Amazonie vinrent au
bureau des brevets américains manifester leur
mécontentement au sujet d'une plante utilisée
lors de leur cérémonie religieuse, l'Ayahuasca
{Banisteriopsis coaapi} qui avait été
brevetée en 1986 par le chercheur américain
Loren Miller qui pensait l'utiliser pour soigner cancers et
troubles mentaux. Fin 99, le brevet fut annulé, mais
pour d'autres raisons.
 Le
Neem cet arbre
miracle est utilisé depuis des milliers
d'années en Asie, notamment en Inde, pour ces
extraordinaires propriétés insecticides,
médicinales et cosmétiques. Voilà
déjà plus de 5000 ans que la
pharmacopée indienne utilise le neem {graine,
écorce, feuilles} et que les textes indiquent des
dizaines de recettes et de prescriptions traditionnelles
{thérapeutique, insecticides, antivirales etc.}
Or, en 90, l'office européen des brevets {EPO}
enregistre, de la part du ministère américain
de l'agriculture et de W. R. Grace, une demande de
dépôt de brevet sur un nouveau composé
extrait des graines de Neem à but insecticide et
fongicide mais dont la méthode d'extraction est
identique à celle pratiquée par les Indiens il
y a 5000 ans. Il a fallu batailler ferme pour faire annuler
ce brevet en mai 2000, en Europe seulement, car il a encore
cours aux USA et au Japon.
Qu'est-ce que le
Neem ? Cet arbre
connu aussi sous le nom de Margousier est de la famille de
l'acajou ; il vit plus de deux siècles et peut
atteindre une trentaine de mètres. Cet arbre est
aujourd'hui bien répandu dans le monde ; originaire
de l'Inde, les Indiens l'ont introduit en Afrique
{Bénin, Mauritanie, etc.} on le trouve aussi aux
Caraïbes, Fidji, etc. Dans les Vedas, le Neem est
appelé SARVE ROGA NIVARINI « celui qui peut
guérir toute les affections », on le nomme
encore aujourd'hui « la pharmacie du village » car
tout est bon en lui : feuilles, fruits, écorce,
graines, racines. Petit aperçu de ces utilisations
où son efficacité n'est plus à prouver
: contre les maladies virales {herpès, DNA
polymérase du virus de l'hépatite B} contre le
paludisme, les maladies respiratoires, dans le cas de
dysenterie, de troubles digestifs, maladies de peau, comme
savon et dentifrice.
Dans un autre ordre d'idées, c'est un merveilleux
insecticide contre plus de 200 insectes. On comprend donc
avec quelle opiniâtreté les firmes
déposent des brevets à tour de bras {plus de
70 pour le Neem, environ 1000 pour l'Aloes ou Le haricot
jaune Enola, cultivé au Mexique depuis plusieurs
générations fit lui aussi l'objet de
dépôt de brevets.
C'est encore le cas du riz basmati bien connu des consommateurs et dont 2
millions d'hectares sont plantés au Pakistan et en
Inde, l'Inde qui le cultive depuis des millénaires au
Punsab. Mais voilà le riz basmati n'est plus indien,
il appartient désormais à la
société américaine Rice Tec qui, en
1997 a déposé un brevet et sur l'invention de
nouvelles variétés de riz basmati.
Voilà où l'ou en est. Ces quelques exemples
sont la démonstration du pillage et de
l'expropriation des ressources naturelles des pays pauvres.
C'est scandaleux.
Autre
exemple celui de
l'Endod, «
la
miraculeuse »
plante africaine. C'est une plante grimpante pouvant
atteindre 10 mètres de haut, qui pousse dans la plus
grande partie de l'Afrique au-dessus de 600 mètres
d'altitude. Sur les hauts plateaux éthiopiens par
exemple tout le monde connaît cet arbuste
scientifiquement connu sous le nom de Phytolacca
Dodecandra, dont
les vertus sont nombreuses et exploitées depuis des
siècles par les populations locales, notamment comme
savon, lessive, détergents ou shampooings ; on s'en
servait aussi pour tuer les poux, le ténia, se
soigner la syphilis, purger, lutter contre la fatigue,
soigner les maladies de peau, provoquer des avortements, ou
bien en faire de la cire. Mais en 1964 le docteur
éthiopien Aklilu Lemma s'aperçut que l'Endod
utilisé pour la lessive était un puissant
tueur de mollusques et que par conséquent cette
plante pourrait être utilisée efficacement pour
combattre et envoyer la bilharziose, qui on le sait est due
à un parasite dont l'un des stades larvaires se
développe exclusivement dans des mollusques avant
d'essaimer dans l'eau douce et de se transmettre à
l'homme. Une redoutable bilharziose qui s'étend et
touche aujourd'hui 300 millions de personnes.
Son efficacité contre le paludisme est
également bien connue. En fait cette plante miracle
ferait beaucoup mieux que les pesticides des chimistes
occidentaux, serait moins cher, et de plus aurait sur eux
l'avantage de ne pas polluer l'environnement. Un tel produit
ne pouvait qu'intéresser les chercheurs et les labos
américains, pas pour guérir la bilharziose ou
le paludisme, dont ils se moquent éperdument mais
pour combattre la moule zébrée qui endommage
gravement leurs conduites d'eau. D'autre part l'Endod
pourrait entrer dans la fabrication de contraceptifs, de
pilules abortives, de caoutchouc, de parfums, etc. les labos
américains sont donc intéressés et
voudraient même déposer un brevet pour
exploiter ce nouveau filon.
Et les Africains dans tout ça ? On va encore leur
voler ce qui leur appartient depuis des
millénaires.
Voir
aussi cet article:
www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=539
« La
biodiversité, un
leurre de plus entre Nord
et Sud ? »
- La
« biopiraterie ».
Article
de Gilles Fumey : Maître
de conférences en
géographie à
l'Université Paris
IV - Sorbonne.
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